jeudi 10 décembre 2009

LE CHAPON, ROI DES FÊTES

Avec ce qui nous attend dans quelques jours, nous avons pris la ferme décision d’entamer une phase d’acclimatation de l’estomac, pour qu’il ne s’affole pas devant les surcharges à venir. Nous avons donc commencé ce 8 décembre avec l’anniversaire de Richard. Comme je vous l’avais précisé dans mon dernier billet, chacune avait pris en charge une partie du repas et la pièce maîtresse en était 2 magnifiques chapons farcis qui sont partis au four juste frottés au sel et au poivre, sans graisse additionnelle, la leur étant suffisante.

Autant vous dire que le chapon est ici une pièce de roi qu’on ne trouve qu’en cette saison de fêtes et il nous vient des Etats-Unis. Le chapon est tout simplement un coq castré. La volaille est engraissée au minimum 150 jours et sa nourriture est sélectionnée : 75% de céréales, puis, 1 mois avant son abattage, des produits laitiers. La castration, la nourriture et son enfermement dans une cage obscure, l’épinette, permettent au chapon d’avoir une chair plus tendre ; d’autre part, au lieu de développer une couche de gras autour des muscles, il « picore sa chair », c’est-à-dire que sa graisse s’insinue dans les fibres pour donner une viande persillée et moelleuse.

Comment est donc venue l’idée de castrer la volaille ? Grâce au génie humain qui s’évertue sans cesse à contourner les lois contraignantes…En 162 av. JC, la Sicile, grenier à blé de Rome, subit de mauvaises récoltes et la disette menace… Dans le but de l’économiser et de le réserver à la consommation humaine, le Senat contingente la consommation du précieux grain et interdit l’élevage de poules au motif qu’elle en est trop gourmande. C’est alors que les éleveurs constatent que le coq, castré, prend rapidement du poids, donc épargne des jours de nourrissage et permet de contourner la loi (ce n’est pas une poule et il mange moins…). Le chapon est lancé.
                  
Jusqu’au XIXème siècle, Le Mans était LA région du chapon. Aujourd’hui, en France, le chapon de Bresse est le seul à bénéficier d’une A.O.C. et la volaille doit avoir au moins 8 mois dont 7 de vie au grand air. Sur les étals, il est impossible de le confondre avec un autre : il est emmailloté dans un linge blanc très serré et ne dépasse que le cou encore garni de ses plumes. Pourquoi cet emmitouflage ? D’abord pour lui donner une forme plus allongée propice à une cuisson régulière ; ensuite, pour empêcher la graisse de quitter les muscles pour se placer en périphérie.

D’autres pays sont fameux pour leur chapon : le chapon italien (cappone) dispose de la certification P.A.C. (Prodotto Agroalimentare Tradizionale) pour les régions de Vénétie, Frioul, Marches et certaines communes du Piémont. Au Portugal, c’est le chapon de Freamunde qui vient de recevoir une appellation d’origine protégée. Sont également appréciés les chapons espagnols de Villalba et Cascajares.

Loin de la volaille noble, pour le Marseillais, le mot de chapon évoque un poisson. C’est l’autre nom de la rascasse rouge, au corps trapu et à la tête massive. Ce monstre des rochers est doté d’épines dorsales venimeuses qui infligent des blessures extrêmement douloureuses. Il est surtout connu pour sa participation spectaculaire à la fameuse bouillabaisse. En Croatie où il est abondant, ce poisson est fendu le long de l’arête centrale, salé, poivré et badigeonné d’huile d’olive. Placé sur la grille du barbecue côté peau, il révèle une chair blanche, ferme et succulente,


Le chapon n’est pas que la volaille royale qui trône sur nos tables de fête. C’est aussi le sujet de nos grands écrivains ; Voltaire, dans son « dialogue du chapon et de la poularde » évoque les mauvais traitements infligés aux animaux de ferme. Racine le met en scène dans « Les Plaideurs », sa seule comédie et son plus grand succès, à l’occasion du procès d’un chien.

Le mot chapon, dans l’ancien français, désignait les revenus d’une terre autour du corps de bâtiment. Aussi, l’expression « en porter le nom, mais ne pas en manger les chapons » signifie porter le nom d’une terre (aristocratie), mais ne pas en toucher les revenus. Par contre, beaucoup plus modeste, en Gascogne comme en Normandie, le chapon est une tranche de pain, frottée ou non d’ail que l’on mouille avec du bouillon.
                          
Autant vous dire que, mardi soir, nous étions loin de ces considérations savantes... La volaille était moelleuse, parfumée ; la sauce était fameuse, Nous lui avons donc fait un sort… Les toutous se sont régalés des os. Le chapon n’est pas mort pour rien…


lundi 7 décembre 2009

TAPAS DU 8 DECEMBRE

Aujourd’hui, nous sommes le 8 décembre et le temps suspend son cours au Panama: nous célébrons la Fête des Mères et c’est le jour le plus important de l’année… Depuis une semaine, il est presqu’impossible d’accéder aux centres commerciaux tant il y a de monde et chacun veut absolument acheter un cadeau à sa Maman. Nous avions été surpris lors de notre arrivée ici par les félicitations que les gens dans la rue, les serveurs dans les restaurants et les caissières dans les magasins m’adressaient ce jour-là et, pour se mettre à l’unisson de la population, nous avions réservé une table dans un grand hôtel : quelle ne fut pas ma stupéfaction de me voir traitée comme une reine, accueillie par des fleurs et remerciée en partant par des cadeaux…

Cette dévotion pour la mère, sans cesse exaltée ici, n’est pas sans rapport avec le culte de la déesse-mère, très présent avant et après la Conquista espagnole. Pour les populations précolombiennes d’Amérique du sud, la terre-mère est représentée par Pachamama. C’était une divinité majeure en Bolivie et au Pérou où les Incas sacrifiaient en son honneur des vigognes. Au Mexique, la déesse Tonantzin était la mère des dieux.

Avec l’arrivée des Espagnols et l’imposition du christianisme, ce culte va régresser pour être remplacé par celui de la Vierge Marie. Pour les Mexicains, c’est la Vierge de Guadalupe qui va se substituer peu à peu à Tonantzin. Se substituer ? Peut-être pas tant que ça…En effet, beaucoup de peuples, tels que les Quechuas ou les Aymaras ont conservé la pratique des offrandes aux anciennes déesses. D’autre part, l’obligation de se convertir à la nouvelle religion (sous peine de mort) devint peu à peu un moyen de dissimuler les croyances traditionnelles et de fusionner les cultes en en changeant seulement les signes extérieurs et la manifestation des rites : c’est ce qu’on appelle le synchrétisme, c’est-à-dire l’interpénétration des religions.
                 
Nous sommes restés à l’heure française et nous continuons à fêter les mamans en Mai, aussi demain, jour férié, nous allons fêter l’anniversaire de Richard à Panamarina. Nous nous retrouvons à plusieurs couples et chacune s’est chargée d’assurer une partie du repas. J’ai pris les amuse-gueule de l’apéritif, avec la consigne de ne pas en faire trop pour ne pas couper l’appétit.

J’ai donc préparé un grand bol de cette préparation à base de sardine dont je vous ai parlé il y a peu de temps. Mais j’ai fait aussi deux autres petites fantaisies.

J’ai tartiné de moutarde forte des carrés de pâte feuilletée et j’en ai enroulé des tronçons de saucisse de Francfort. Un peu de dorure et au four… Voilà des petits feuilletés sympathiques.
                      
Pour la dernière préparation, j’ai préparé une compote d’oignons, poivrons rouges et tomates coupés en tous petits cubes. Sel et pas mal de poivre pour bien relever. A part, j’ai préparé une pâte toute simple faite de 250 grammes de farine, une pincée de sel, 2 bonnes cuillères à soupe d’huile d’olive, et plus ou moins 80 grammes d’eau selon la qualité de votre farine. J’ai ajouté en touche finale une grosse cuillère à café d’herbes de Provence.

Une fois la pâte étalée, j’y ai découpé à l’emporte-pièce des petits ronds que j’ai foncés dans un moule à mini-muffins. Une fois remplies les coques avec une petite cuillère de compote de légumes, j’ai recouvert avec un rond de pâte que j’ai scellé à la coque. Là aussi, un peu de dorure et au four à 180 degrés.
                         
Demain, pas de billet, nous sommes absents de la maison et je ne suis pas sûre d’avoir le temps de rédiger. Pour me faire pardonner, je mets en ligne 2 chansons de Noël.

dimanche 6 décembre 2009

GRIPPE ET VIN CHAUD

Nous venons de recevoir de l’ambassade l’annonce d’une campagne de vaccination contre la grippe H1N1 pour les Français résidant au Panama. Parallèlement, la presse française annonce la distribution prochaine gratuite de Tamiflu, médicament présenté comme l’unique panacée contre cette malédiction qui s’ajoute à la crise économique et au réchauffement de la planète pour achever de nous saper le moral…


Quand on s’intéresse d’un peu plus près au Tamiflu, on s’aperçoit que la molécule efficace du produit est extraite de ….je vous le donne en mille… la Badiane de Chine qui n’est autre que notre anis étoilé. En chinois, on l’appelle « shikimi ».Pour faire court et le plus clair possible, on extrait de la badiane l’acide shikimique et, à partir de cet acide, on synthétise l’oseltamivir, un antiviral qui neutralise l’enzyme du virus qui attaque les parois des cellules de notre corps.

Je ne suis pas d’un tempérament pessimiste, mais, il y a quelques mois, alors que la rumeur se faisait alarmante sur le développement foudroyant de cette grippe et que nous nous sentions un peu oubliés ici, j’avais commencé à stocker de l’anis étoilé en me disant que, à défaut du médicament, nous pourrions toujours boire de la tisane… La consule nous ayant rassurés quant aux stocks de pilules et de masques disponibles, je me retrouve avec un plein bocal de petites étoiles parfumées à écouler.
                  
L’anis étoilé, avant d’être une épice à l’arôme puissant, est le fruit d’un arbre toujours vert qui peut atteindre les 6 mètres de hauteur et qui produit de jolies fleurs en forme de narcisse. Il faut attendre 6 ans pour que l’arbre commence à donner des fruits, mais il va produire pendant 100 ans !! En 2007, la production mondiale de badiane a été de 40 000 tonnes et 90% de cette production proviennent essentiellement de Chine. On fait 2 récoltes par an. Les étoiles sont ramassées avant maturité et mises à sécher sur des claies.


La badiane se conserve très bien et longtemps quand elle est entière : broyé, ses qualités s’altèrent. Avec le poivre Séchouan (ou le gingembre), la cannelle, le clou de girofle et le fenouil, elle rentre dans la composition du cinq-épices, très utilisé dans la cuisine asiatique.

En Europe, l’anis étoilé entre dans la fabrication du pastis et l’ouzo. En pâtisserie, il parfume les crèmes pâtissières, les panacottas et les cakes. En Allemagne, on l’ajoute aux marmelades. Comme il a une action reconnue sur les digestions difficiles, il aromatise les apéritifs et les digestifs.



A part la tisane que j’aime bien, mais qui a ses limites, je l’utilise pour pocher mes poires avant de les recouvrir de chocolat noir. Dans un sirop, je mets 2 ou 3 étoiles, un bâton de cannelle et une gousse de vanille fendue. À l’ébullition, je plonge délicatement mes poires épluchées et je les laisse cuire à tous petits bouillons. Notez que la maison en est délicieusement parfumée…


Puisque nous sommes entrés en période de Noël et que se développent les marchés traditionnels, on ne peut pas parler de l’anis étoilé sans évoquer le vin chaud aux agrumes et aux épices.

Versez un bon vin rouge dans une casserole (je laisse la quantité à votre appréciation), ajoutez-y une lichette de gin ou un autre alcool fort et portez à feu moyen. Inclinez légèrement la casserole pour que la flamme atteigne les vapeurs d’alcool et que le mélange flambe à la surface. Attention à vos cheveux !!! Ajoutez alors du sucre en poudre, 1 ou 2 bâtons de cannelle, 1 clou de girofle, 3 grains de poivre, les zestes d’une orange et d’un citron, un peu de gingembre en poudre et de noix muscade. Laissez mijoter pendant 15 à 20 minutes et filtrez.

Quand il fait bien froid, le plaisir est de serrer les mains autour du mug, de respirer les vapeurs pour en récupérer tout le parfum et de boire à petites goulées le vin brûlant pour sentir exploser en bouche la saveur des épices sucrées.

                  
Au Panama, on ignore ces journées froides, mais je peux vous assurer que certains magasins s’attachent à reconstituer l’atmosphère glaciale des congélateurs avec la climatisation à outrance : qu’attendent-ils pour nous offrir un bon vin chaud à la caisse ?

vendredi 4 décembre 2009

LES PHOTOS

Une agréable journée n’y suffisait pas, aussi avons-nous retenu nos amis pour une nuit, et ce matin, ils nous ont laissés après le petit déjeuner. Nous avons eu de la chance car l'été est arrivé en avance et nous avons eu un soleil splendide: nous avons donc bien profite de la piscine.
Comme promis je vous montre les photos des agapes d’hier, à ceci près que nous avons fait l’impasse sur la salade et le fromage pour garder un peu de place pour le dessert…

Pour l’entrée, autour de l’excellent foie gras que nous fait Chantal, j’avais préparé un pain d’épices et un confit d’oignons rouges au vinaigre balsamique.

Rien de plus facile que cette recette. Vous coupez 6 gros oignons rouges que vous coupez en petites lanières fines. Dans une poêle, vous faites fondre une grosse noix de beurre et vous en enrobez bien les lanières d’oignon. Vous rajoutez 2 verres de sucre en poudre et vous mélangez bien. Couvrez pour que l’eau des oignons leur permette de cuire avant de caraméliser. Quand vous voyez les oignons prendre une couleur sombre (surveillez très attentivement !!), arrêtez la cuisson et ajoutez ½ verre de vinaigre balsamique, remettez sur le feu et laissez compoter. C’est prêt. Ce confit se conserve longtemps au frigo. Vous pouvez le mettre en pots et stériliser comme une confiture, et il accompagne avec bonheur tous les pâtés.
                     
J’avais également préparé quelques grosses crevettes avec un aïoli présenté en quenelle. Nous sommes en pleine saison et j’en ai rempli mon congélateur. Elles sont fines, goûteuses...dommage, il n’y a pas d’œufs…

A côté d’un tian classique et de délicieux ris de veau grillés, j’avais fait des petits pains de yuca, légers et gonflés comme des choux. Avec le chimichurri, c’était la touche panaméenne de ce repas.
                       
Pour le dessert, j’avais fait des timbales remplis de mousse au chocolat et couronnées d’une mousse au praliné. Je les avais adossées à des poires pochées aux épices fourrées aux pruneaux.

Bon, alors aujourd’hui, salade de tomates au citron vert et coriandre, œuf dur et tisane…
                     
N’oubliez pas qu’aujourd’hui, nous sommes la Sainte-Barbe : il faut donc planter sur du coton humide des lentilles, des haricots ou des pois chiches, qui vont donner dans quelques jours une belle potée que vous entourerez d’un ruban rouge. Posée à côté de la crèche, elle vous apportera la prospérité pour l’année nouvelle…



jeudi 3 décembre 2009

PAUSE POUR CAUSE DE CUISINE

Une fois n'est pas coutume: je ne posterai pas de billet aujourd'hui.En effet, après ces 2 jours passés à décorer la maison pour les fêtes, je m'apprête à accueillir des amis. Aussi ai-je cuisiné toute la journée, et ce soir, je l'avoue, j'ai un grand coup de fatigue... Mais je vais vous révéler mon menu, et à défaut de vous régaler avec nous, vous en aurez au moins les papilles excitées. Foie gras sur pain d'épice et confiture d'oignons rouges au vinaigre balsamique Gambas en trempette d'aïoli marseillais Tian de légumes avec petit pain soufflé de yuca Ris de veau grillés au chimichurri Salade frisée Assortiment de fromages français Timbales à la mousse de chocolat noir Poires aux épices farcies aux pruneaux Champagne pour tout le repas Vu que j'ai tout fait de A à Z, vous comprenez que je vous délaisse un peu, mais je vous promets que je posterai les photos dès demain. En attendant, écoutez cette jolie chanson de saison.

mercredi 2 décembre 2009

UN POISSON MILLÉSIMÉ: LA SARDINE

Ceux et celles qui me connaissent savent que le 30 novembre de chaque année, je vide littéralement ma maison pour la préparer à recevoir dès le 1er décembre les décorations de Noël qui resteront en place jusqu’au 6 janvier. C’est un véritable déménagement. J’enlève les rideaux, tableaux et porcelaines et, pendant un peu plus d’un mois, nous vivons dans la maison du Père Noël. Et pour se mettre dans l’ambiance, je me passe tous les CD de saison, de Franck Sinatra à Dean Martin…

Peu de temps donc pour cuisiner et, dans ces cas-là, on est bien contents, en guise d’entrée, d’avoir dans son placard des boîtes de sardine.

Ce petit poisson pélagique (qui vit en haute mer) est un trésor à nageoires : elle est riche en calcium et en phosphore bénéfiques pour les os ; les vitamines B3 et B6 renforcent nos cellules nerveuses et la moitié de ses lipides sont des omégas 3 qui protègent le système cardio-vasculaire. Il est hautement recommandé de donner de temps en temps une petite sardine écrasée à un bébé : cela lui donne le goût des bonnes choses et c’est bon pour sa santé.

La qualité des boîtes de sardine varie du tout-venant discount au produit millésimé issu en général des conserveries bretonnes. Ceci s’explique par le fait que, parfois, ce ne sont pas des sardines qu’il y a dans la boîte. Imaginez qu’on peut trouver jusqu’à 21 espèces différentes !

Peu de personnes sont au courant qu’une boite de sardines ne contient pas que de la sardine et même, pour certaines d’entre elles, pas de sardines du tout ! En effet, dans une boite on peut trouver l’une des 21 espèces de poissons utilisées à sa place. La vraie, celle qui devrait théoriquement se serrer dans la boîte, c’est la sardina pilchardus. Si vous ne voyez pas ce nom latin-là, normalement obligatoirement indiqué, c’est que vous allez acheter du hareng, de l’anchois ou de la strangomera chilienne, ces 3 espèces ayant été autorisées par la communauté européenne.
                 
En conserve, on a le choix : la sardine peut se déguster à l’huile, à l’huile d’olive, à la tomate, au citron, piquante ou non, en escabeche. Dès son arrivée à la conserverie, la sardine est étêtée, éviscérée, puis elle est mise directement en boîte ou passée au préalable dans un bain d’huile bouillante.

De 1810 à 1880, la Bretagne a eu la haute main sur la conservation de la sardine et Douarnenez était le 1er port mondial de sa pêche, avant de connaître la concurrence espagnole, portugaise et marocaine. Les boîtes de sardines issues des conserveries bretonnes comme la Quiberonnaise, la Belle Îloise ou Gonidec constituent les Rolls de la sardine en conserve. Les amateurs les gardent dans un endroit frais et sec pendant des années et les retournent régulièrement. Les spécialistes, comme Jean-Pierre Coffe qui possède une collection enviée, estiment qu’il faut 70 ans pour que la chair de la sardine s’imprègne totalement de l’huile et développe tous ses arômes. Hélas, les règlements de la même communauté européenne imposent une date limite de consommation de 2 ans ; un jour, ils finiront par nous obliger à boire le vin aussitôt mis en bouteilles : finis les Château Pétrus ou Puligny Montrachet millésimés !!!

La boîte elle-même représente une vraie réflexion. Il s’agit de ranger les sardines de manière à ne pas perdre de place et à ce que les poissons soient en contact avec l’huile ou la sauce. Il existe 2 écoles : l’une consiste à les emboîter d en « bleu », dos à l’air et l’autre en « blanc » ou ventre à l’air et de l’avis des connaisseurs, c’est la 2eme méthode qui donne les meilleurs résultats.

Pour ce qui est de la fermeture, on est passé par tous les progrès du conditionnement : la clé qui s’enroule sur la languette, l’ouvre-boîte et maintenant l’opercule.
                 
Alors, une fois la boîte ouverte, on a le choix : on peut la manger telle quelle, sur un bon bout de pain, en gardant les filets entiers ou en l’écrasant. On peut la mélanger dans le robot avec de la crème ou du beurre pour en faire des toasts.

Et puis il y a une autre recette, sublime, que je tiens de mon parrain qui nous la préparait avec soin dans sa cuisine de Monein. Il enlève l’arête centrale et la peau des sardines à l’huile piquante, puis il les écrase à la fourchette en rajoutant de l’ail ciselé très fin, un peu de nuoc-mam et de l’huile d’olive, jusqu’à obtenir un mélange onctueux. Je me souviens d’une Sainte-Barbe où nous avions accueilli la division à la maison. Tous s‘étaient montés circonspects devant la pâte sombre dans le saladier. Mais après l’avoir goûtée, j’aurais pu le rentrer dans le placard sans le laver tant ils me l’avaient nettoyé avec les doigts pour ne pas en perdre une miette !!!
                 
Quant à la sardine qui boucha le Vieux-Port de Marseille, elle repose sur une histoire vraie et une déformation de la langue.

En 1775, Monsieur de Sartines, ministre de la Marine de Louis XVI et armateur de son état, avait donné son nom au fleuron de sa flotte personnelle. Cette merveille imposante était commandée par le Chevalier de Peil (poisson en provençal). En mai 1775, bravant un fort Mistral, le « Sartines » prend la mer, lourdement chargé, à destination de Constantinople mais, par suite d’une fausse manœuvre, se couche par le travers entre les forts Saint-Jean et Saint-Nicolas qui ferment le Vieux-Port. Tout Marseille s’esclaffe en déclarant que «le Sartines et le Peil ont bouché le port ». La rumeur court et se transforme en « la sardine et le poisson ont bouché le port » et quand elle arrive dans des oreilles non averties de l'affaire, il reste une sardine suffisamment grosse pour bloquer un port… On ne s’en étonnera pas, tant le Marseillais a la réputation d’exagérer !!!!


mardi 1 décembre 2009

HUMMMMM....LES RIS DE VEAU

Enfin, on en a!!! Grâce à Erika, on a des ris de veau et suffisamment pour se passer une gourmandise… Je vous avais déjà évoqué ceux, délicieux, dont nous nos délections au Gaucho. Mais il était impossible d’en trouver crus et prêts à préparer.

Mais que sont donc ces fameux ris de veau ? Leur véritable nom est thymus de veau. C’est une sorte de glande subdivisée en lobules qui se trouve derrière le sternum et devant la trachée, à proximité de la thyroïde. Elle n’est présente que lors de la vie intra-utérine et les premières années de la vie, puis régresse, voire disparaît. Chez l’homme, le thymus est présent à partir du 3eme mois de grossesse et il reste bien présent jusqu'à`l’âge de 2 ans. Ensuite, il s’amenuise et à 20-25 ans, il n’en reste qu’un reliquat atrophié.

A quoi sert-il ? Il produit en quantité et en diversité des lymphocytes C, grâce à la sécrétion de 2 hormones spécifiques et les rend immunocompétents, c’est-à-dire capables de défendre le corps contre des agents pathogènes. De cette façon, il fournit l’organisme en armes nombreuses et variées qui pourront le protéger tout au long de sa vie. Et c’est au cours de l’enfance que se développe cette activité pour se constituer un capital défensif.

Les médecins grecs de l’Antiquité avaient bien décrit l’organe, mais sa fonction leur échappait : ils pensaient que le thymus était le siège de l’âme. Plus tard, on pensa qu’il servait à purifier le système nerveux.
                   
Pour les préparer, rien de plus simple : on conseille de les faire dégorger dans l’eau froide quelques heures, puis de les pocher 5 minutes pour ensuite les débarrasser des petites veinules et peaux. Les faire cuire alors dans un bouillon avec bouquet garni avant de les ajouter, découpés ou non à une sauce. Pour moi, c’est trop long, aussi je cumule les 2 opérations de blanchiment et de cuisson, et c’est une fois sortis du bouillon après une cuisson de 20 minutes que je les pare. Enveloppez alors les ris dans un linge propre et posez dessus un plat ou une assiette un peu lourde pendant 1 heure pour leur donner une forme aplatie. Vous pouvez ensuite les découper.

Pour en apprécier toute la saveur et leur finesse, je les sépare en lobules avant de les saisir au grill, légèrement badigeonnés de beurre fondu ou d’huile. Ici, on prépare une sauce dont je vous avais déjà parlé et qui s’accommode particulièrement avec les ris : le chimichurri. Il suffit de mélanger à du vinaigre blanc une bonne quantité d’ail et de persil haché, 1 bel oignon haché très fin, 1 cuillère à café d’origan, sel, poivre et un filet d’huile d’olive pour obtenir un mélange onctueux. Vous pouvez la corser avec un petit piment de Cayenne broyé finement. Cette sauce se conserve quelques jours au frais dans un bol filmé.
                             
Quand je pense le prix qu’on est obligé de débourser en France pour avoir ces merveilles dans son assiette ! Allez, ça nous console de ne pas avoir sous la main cette débauche de fromages, charcuterie et autres victuailles fines qui débarquent à l’approche de Noël…

En attendant, j’ai continué mes petits travaux de broderie et je me suis inspirée d’un petit sac à lingerie vendu (très cher !) dans une boutique pour touristes. Quelques recherches sur internet pour obtenir des grilles intéressantes et 2 après-midi de travail assidu, et voilà le résultat !